C’est le blog de Christian qui m’a inspiré pour l’écriture de ces mémoires - cette petite partie de mon enfance passée au préventorium de Chavaniac. Je souhaitais, également, pouvoir ajouter dans ce livre souvenirs, des photographies anciennes mais aussi de plus récentes, qui peut-être raviveront la mémoire de tous les jeunes pensionnaires de l’époque du préventorium de Chavaniac Lafayette, dans les années 50/60.

Peut-être que le lecteur, qui a vécu ces moments, y retrouvera un peu de ses souvenirs.

Je ne fais que remémorer les miens qui sont précis, et ce n’est pas mon souhait de choquer des personnes qui contesteraient mes propos.

Alors, si vous y étiez, en 60 et 61, soyez indulgent envers ma mémoire. N’hésitez pas à apporter votre vécu.

Certains moments nous ont fortement marqués et ils ont rendu inoubliables des images du passé.

 

Venant de Nice, où nous résidions, et à la suite d’une grave insolation, ma guérison devait s’accomplir dans un Préventorium ou son micro climat serait favorable à mes jeunes poumons, touchés par les rayons nocifs du soleil de la côte d’azur.

On m’envoyait donc respirer l’air de nos montagnes, l’air pur de la Haute Loire.

Le voyage en train était très long à cette époque, avec plusieurs changements.

Nice – Marseille – Nîmes - Saint Georges d’Aurac.

Enfant, j’étais grand amateur de voyage en train (les anciens, mais pas le TGV), ou j’essayais de me placer près d’une fenêtre et voir les paysages défiler à toute vitesse, plus rien ne me faisait quitter des yeux ces paysages changeant.

Maman m’avait accompagné pour ce voyage, j’avais huit ans, c’était en 1960. Mais je ne sais plus le jour et le mois de mon entrée dans ce préventorium. Avec le temps, les déménagements, j’ai égaré, perdu malgré moi, les documents administratif et médicaux, relatifs au « prévent », ainsi que le fameux carnet de santé orange.

La dernière étape fut Nîmes dans le Gard à Saint Georges d’Aurac en Haute Loire.

Le trajet s’était fait en « autorail » couleur rouge et crème ou curieusement le conducteur était logé dans une petite structure vitrée, sur le toit de la machine, d’où il avait une vue panoramique. C’est au travers de ces paysages grandioses, le long de la rivière Allier, en contrebas, avec des précipices qui me paraissaient vertigineux et une nature totalement sauvage. Des falaises abruptes, une roche très découpée et très claire dans une végétation de pinèdes, de chênes vert rabougris et autres feuillus, plus ou moins abondant.

 

Il me semble que nous n’étions que tous les deux, ma mère et moi dans la locomotive, ce qui me permettais de passer d’une banquette à l’autre, de droite ou de gauche, suivant ce qui attirait mon regard, vers l’extérieur. Nous étions à l’avant ou à l’arrière de la machine, je ne sais plus, mais la vue panoramique par le pare-brise et les vitres latérales était à l’égal d’un écran de cinéma, sur le paysage.

Le train serpentait sans cesse dans ce panorama et avec le passage régulier de ponts, de viaducs et au travers de fréquents tunnels, plus ou moins longs. La rigidité de l’autorail et le manque de confort associé à la sinuosité du parcourt avait rendu ce voyage assez fatiguant.

 

Je ne me souviens plus du trajet de la gare de St Georges d’Aurac à Chavaniac, certainement fait en taxi : mon inquiétude devait déjà grandir à ce moment là.

Mon séjour dans ce préventorium devait se prolonger 15 mois, mais à ce moment là, je l’ignorais.

Il m’a fortement marqué et même devenu obsessionnel pendant plus de quarante ans.

Mon arrivé au préventorium, du moins les premières heures, aussi, je les ai oubliés.

Il me semble que s’était en fin de journée.

Cela se passait à l’accueil, le Lazaret, s’est à dire deux petits bâtiments qui se situaient à la gauche de l’école du prévent et où l’on passait les premiers temps.

Le personnel de cet accueil m’a paru plutôt froid, j’ignore combien d’infirmières ou cheftaines étaient dans ces bâtiments, je n’en ai gardé aucun bon souvenir.

Ma mère a été invitée à repartir rapidement, pour éviter les effusions et les pleurs (elle me l’a expliqué beaucoup plus tard) les « au revoir » ont été expéditif et je ne savais pas à ce moment-là que je ne la reverrais pas avant plusieurs mois.

J’ai sans doute dû subir quelques examens sommaires devant un médecin.

Du repas je ne m’en souviens plus non plus, quant à la chambre que j’allais partager elle n’était pas très grande. Il y avait plusieurs lits blancs en fer, comme dans les hôpitaux d’autrefois, et sans doute plusieurs nouveaux pensionnaires, comme moi, arrivés le jour même.

Avant le coucher l’une des dames en blanc, sans doute très autoritaire, nous avait avertit qu’il était défendu de se lever la nuit pour aller aux toilettes sous peine de quelques punitions, qui m’échappent aujourd’hui. Il fallait donc prendre ses précautions, avant de se coucher !

Il faut dire ici, qu’à cette époque, il valait mieux ne pas discuter les consignes et surtout les respecter si on ne voulait pas le regretter, les choses ont bien changés de nos jours. Nos parents étaient maintenant loin et nous n’avions plus personne de proche chez qui nous plaindre ou chez qui nous réfugier, nous étions à la merci d’on ne savait qui, donc il valait mieux, pour moi, me tenir à carreau et obéir aux instructions, ordonnés

La première nuit a été épouvantable, de ce fait elle m’a parue très longue, j’avais pourtant suivi les consignes du faire pipi avant le coucher, même sans en avoir envie. Pourtant, peut être un coup de froid, ou la situation dans laquelle je me trouvais, ou la crainte d’une punition indéterminée.

Bien sûr ! j’ai eu envie de faire pipi, au milieu de la nuit ! Je me suis donc réveillé par force ! tout était silencieux… Il y avait un peu de lumière, plutôt une veilleuse, quelque part, dans un couloir ou une pièce éloignée, mais ailleurs. Dans la pénombre, sous mes draps je ne sais pas pourquoi j’ai essayé de me retenir, je me demandais qu’elle heure il était et je souhaitais que le jour arrive très vite pour pouvoir aller me soulager.

Je ne connaissais pas les lieux, (ils ne nous faisaient pas visiter, en ce temps-là, et pas d’avantage les présentations) il y avait plusieurs salles et couloirs. Je craignais surtout de rencontrer une dame pas très agréable. J’étais torturé de plus en plus par cette envie d’uriner. Et crac, s’est arrivé, j’ai senti une douce chaleur, tiède, envahir mon pantalon de pyjama, (à moins que ce soit une chemise de nuit), qui a dû me tirer un sourire de soulagement. Mais tout de suite, la catastrophe, l’horreur de ma situation, m’est apparue, comment cacher tout ça ! A force de me retenir le volume de liquide était devenu trop important, le pantalon de pyjama était noyé. Rapidement, le soulagement et la tiédeur se sont rafraîchis. Sous les draps, le lit humide s’est vite refroidi, je ne pouvais

plus dormir et j’avais froid, et un instant plus tard j’ai eu à nouveau envie d’uriner et tout recommençait. Mon refroidissement avait activé cette nouvelle envie. Je voulais appeler à l’aide mais je craignais la réaction d’une blouse blanche. J’avais de plus en plus froid, recroquevillé dans cette humidité et à force de me pelotonner pour me réchauffer et essayer de me retenir, mais en vains. Une nouvelle fois, ou deux encore, et tout était noyé. (La suite était inévitable, le corps refroidi dans des draps humides ne pouvait qu’engendrer des envies d’uriner à répétition.)

Au petit matin, honteux, j’ai subi, bien sûr, les remontrances et peut être plus encore, d’une blouse blanche et peut être les moqueries de mes nouveaux camarades de chambre que je ne connaissais pas, la veille.

Aujourd’hui, je me demande ce qui m’a peut-être angoissé pour ne pas m’être levé normalement, même avec la menace d’une punition, ou d’une potentielle gifle.

J’avais bien arrosé mon arrivée au prévent, mais ce désagrément ne s’est jamais renouvelé pendant les quinze mois passés la bas, ni jamais plus d’ailleurs.

Les volcans

Le séjour au Lazaret m’a paru relativement court, avec certainement peu d’intérêt, Ensuite, mes petits camarades et moi avons été dispersés dans divers groupes du prévent et ce, jusqu’à notre guérison. Les petits malades restaient quelques mois, trois, quatre, en général. Quinze mois était déjà une très longue période.

 Le camp n’était occupé que par les garçons, nous n’avions aucuns contacts avec les filles. Elles, étaient au château de Lafayette, nous les croisions pour la messe du dimanche matin, à l’église du village, et pour les séances de cinéma ou de théâtre dans la grande salle de spectacle prés du bourg, ou, pour quelques rares fêtes qui se déroulaient dans la cour du château.

Il y avait plusieurs groupes et pour chacun un nom : Lata , Sénouire, Lazaret, Volcans etc. Je n’ai aucun souvenir des chefs et cheftaines des autres sections, pas même de leurs visages. Aucun souvenir du chef Marcel Soulier (le manchot) ou du médecin chef et des infirmières.

Je faisais, dorénavant, partie du groupe des Volcans. Nous devions avoir sensiblement le même âge avec mes petits camarades de misère.

Je me souviens très bien de certains détails qui m’ont profondément marqué pendant ces 455 jours d’internement. J’ai oublié le reste, qui n’était peut-être pas important ou parce que je l’ai mal vécu.

Ce bâtiment était construit en pierre volcanique brune comme le réfectoire et le château.

Le bâtiment des Volcans servait essentiellement de dortoir, avec des sanitaires, une salle de catéchisme et la chambre des cheftaines. Il se trouvait un peu à l’écart de l’ensemble du site, on y entrait et sortait par la petite porte, à gauche de la façade, du côté de la prairie, qui servait d’espace de jeux. Cette porte était vitrée, avec des petits carreaux, dans sa partie supérieure.

A l’intérieur, dans le hall, en ayant le dos à la porte d’entrée, il y avait une porte à droite pour le dortoir et en face se tenait les sanitaires, il fallait traverser ce hall, descendre quelques marches où se trouvaient deux portes, celle de gauche pour les WC, et à sa droite la porte d’une salle avec des lavabos accolés et des douches communes, ouvertes,

où tout le groupe se lavait en même temps, le soir avant le coucher, avec beaucoup de bruit, de cries et de rires. Murs et sols étaient carrelés de faïences blanche, sans autre décoration. Pour les WC c’était un couloir avec une ou deux rangés de portes en vis à vis, il me semble. Mais comment pourrais je avoir plus de détails pour des sanitaires.

Donc, avec la porte de droite, on entrait dans le dortoir, une grande salle, avec deux rangs d’une douzaine de lits, alignés, de chaque côté, tous identiques, comme dans les hôpitaux, autrefois, en fer de couleur blanc, comme au Lazaret, placé face à face, tête-bêche (pieds à pieds), avec une allée centrale pour circuler, entre les deux rangs. On m’avait attribué le cinquième lit sur la gauche, côté mur. Sur ce mur et au dessus de la tête des lits, étaient accrochés des tableaux de belles dimensions, cinq ou six représentations sur toute la longueur, avec des personnages très colorés de Walt Disney, Donald, Mickey, pluto, etc. ce qui donnait une petite note de gaité dans ce cadre un peu austère, Le plafond était très haut (comme dans les hôpitaux) aussi les tableaux étaient hors de notre porté.

A l’opposé de mon lit, le mur d’en face était composé, essentiellement, de 5 grandes baies vitrée, à petits carreaux, avec des stores en toile, à l’extérieur, pour ombrager le dortoir l’été et pendant les siestes.

Un bureau et une chaise étaient installés au centre de cette rangée de lit, pour la cheftaine, ou la surveillante. A côté de chaque lit nous disposions d’une petite table de chevet, datant sans aucun doute à l’origine du prévent, en bois laqué blanc, qui avait vécu, avec un tiroir et une petite porte qui ne fermait même pas à clef. C’était le seul meuble que nous avions pour toutes nos petites affaires, (surtout les lignes) c’est dire, si nous n’en avions pas beaucoup. Mais je n’ai pas le souvenir de vols dans nos petites affaires, il est vrai que seuls, nous n’avions pas accès au dortoir.

Une porte, sur le grand mur de gauche, le mur aux cadres Disney, menait à une salle de jeux et la salle de catéchisme, et à l’extrémité du dortoir la chambre des cheftaines, interdite d’entrée aux enfants.

Les couvres lits étaient tous identiques, une toile de coton, vert sale ou grise, (j’ai un doute), très solides, faite pour durer très longtemps. Nous avions sans doute le même linge que les militaires.

Avant de se coucher il fallait replier en deux ou trois fois ce couvre lit, vers les pieds, très correctement et sans plis, tout devait être net.

Les draps blancs aussi étaient très solides, marqués dans un angle du sigle du prévent, en coton épais, assez raide surtout quand ils étaient propres, ils paraissaient avoir été amidonnés. Une couverture entre les draps et le couvre lit, nous tenait chaud. Il n’y avait pas d’oreiller ou de traversin.

Mais l’alèse en caoutchouc, ou quelque chose de similaire, entre le drap de dessous et le matelas donnait un inconfort et un bruit singulier de chuintement quand nous nous retournions dans notre lit, le temps de s’y habituer, comme de dormir sans oreiller.

Nous faisions, nous même, notre lit, chaque matin « au carré » et sans bavures où gare à nous, la cheftaine enlevait draps et couvre lit, pèle mêle, il fallait tout recommencer.

Cela prenait du temps pour faire un lit au carré, à 8 ans, et ce temps était perdu pour jouer dehors en attendant le petit déjeuner, au réfectoire, mais cela ne nous arrivait pas souvent, nous nous appliquions. Tous les lits refait étaient nets et n’en faisait qu’un.

Dans ce bâtiment, nous passions beaucoup de temps. Les nuits qui paraissaient parfois longues, les siestes plus que très longues, mais obligatoires, après le repas de midi. C’est là aussi où nous passions notre temps à jouer les jours de pluie et en hiver, quand il faisait trop froid dehors. Quoi qu’il en soit nous ne nous ennuyons pas dans ce bâtiment, hormis pendant la sieste car nous n’avions pas toujours envie de dormir.

Le soir, après la douche, après avoir enfilé le pyjama et replier le couvre lit, nous avions quartier libre peut être une demi heure, un temps qui paraissait toujours trop court. Nous pouvions alors, aller choisir une BD ou un livre et lire dans notre lit. J’aimais beaucoup cet instant. D’autres discutaient avec leurs voisins de couchette ou faisaient leurs punitions écrites, les fameuses lignes.

A l’heure dite, la cheftaine donnait le signal de l’extinction des lumières et tous les gamins rapportaient livres et jeux dans la salle de catéchisme, comme une volée de moineaux, ça courrait dans tous les sens. Ensuite, et à partir de ce moment là, il était interdit de parler ou de chuchoter, c’était le silence. Un quart d’heure plus tard, plus un bruit, en principe tout le monde dormait… en principe.

Il y avait une lumière à l’extérieur du bâtiment au dessus de la porte d’entrée qui restait allumé toute la nuit, même la porte vitrée de l’entrée, restait ouverte. De mon lit, je voyais briller la grosse ampoule.

Il y avait une ronde, d’un chef ou d’une cheftaine, à heure régulière, toute la nuit, qui passaient dans tous les dortoirs, au moins dans les premières heures. Il y avait des fugues au prévent quelques gamins n’en supportaient pas le régime, peut être un peu rude, avec l’éloignement des parents, ils voulaient rentrer chez eux. De nuit c’était plus facile que de jour, pour passer inaperçu. Mais un lit vide était vite repéré. La lampe du chef éclairait chaque couchette en passant rapidement, pendant la ronde, et il valait mieux avoir les yeux clos, si on voulait éviter aussi une punition.

Les punitions tombaient facilement et mieux valait ne pas se faire remarquer, pour les esquiver. La plus courante était « les lignes » la cheftaine nous donnait une phrase relative à la faute commise et le nombre de lignes à copier. Cent, cinq cent, mille lignes etc. et il fallait trouver du papier pour ce faire,

en récupérer, ou l’on pouvait. Il était difficile d’en avoir par les copains, sinon par des échanges. Nous avions bien du papier à lettre pour écrire à nos parents mais il était strictement réservé à cela. Nous conservions le papier kraft des emballages des colis que nous recevions des parents, de temps en temps, au cas où. Alors, tous les moments de liberté étaient dédiés à cela, avec une autre menace, que le nombre de ligne soit compté, comme cela était annoncé, sinon, tout serait à recommencer. Aussi, après des heures passées à écrire nous comptions et recomptions pour ne pas en faire plus, non plus. Toute la surface des pages y passait, quand il y avait des vides sur les côtés de la feuille, nous écrivions une ligne à la verticale, pour gagner de la place et économiser. Ou, entre deux lignes quand il y avait suffisamment d’espace.

Cela devait, quelquefois, être totalement illisible, mais ce qui comptait, après tout, c’était le nombre des lignes, Bien entendu, quand nous rendions nos papiers, pas toujours lisible, la cheftaine semblait compter à une vitesse phénoménale et nous disait c’est bon ! alors nous ne traînions pas et filions, au cas où elle se raviserait.

Il m’était quelquefois difficile de trouver le sommeil. J’entendais assez régulièrement le même avion, voler la nuit, un gros avion avec des moteurs à hélices, venir de loin,

lentement, lourdement comme un gros bourdon. Il passait très haut au dessus de nous pour aller vers le sud, me semble t’ il, alors je pensais à ma famille qui était à Nice et quelquefois, je pleurais en silence. Je n’étais pas le seul, j’entendais quelquefois des reniflements, qui ne trompaient pas.

Le silence de la nuit était impressionnant pour un gamin venant d’une grande ville, où les boulevards et les avenues, même la nuit, étaient relativement animées.

Parfois les aboiements d’un chien, dans le lointain, peut être au village ou dans une ferme isolée. D’autrefois, le jappement d’un renard ou le hululement d’un hibou dans les grands arbres du chemin, au bout de la prairie et de l’espace de jeu.

L’été, dans les périodes plus chaudes, j’aimais le chant des grillons ou des criquets, dans la nuit calme et silencieuse. Il m’arrivait de me réveiller, très rarement, pour un petit pipi, comme tout le monde, surtout à cause de l’insouciance de l’enfance qui n’a pas pris ses précautions, mais ça arrivait. Alors il fallait patienter, et c’était difficile quand ça devenait pressant, il fallait attendre que la ronde soit passé. Comme au Lazaret, il était défendu de se lever.

Après le passage du surveillant, j’attendais un peu, au cas où il reviendrait sur ses pas, puis je me levais, sans enfiler mes pantoufles pour ne faire aucuns bruits, en courant sur la pointe des pieds. Les pieds nus sur le carrelage froid ne nous empêchaient pas d’affronter le risque de tomber sur un surveillant.

Arrivé à la porte du dortoir et du hall, il fallait faire une pose pour écouter les bruits du dehors et l’éventuel crissement des graviers sous les pieds d’un surveillant qui revenait.

Après quoi c’était une course contre la montre, traverser le hall, en partie éclairé par la lumière venant de l’extérieur, de la grosse lampe au dessus de la porte d’entrée, descendre les quelques marches de l’escalier, dans l’obscurité, pour atteindre la porte qui menait aux WC. Même schéma pour revenir, une fois dans mon lit c’était le soulagement, et seulement là ! Les uns et les autres nous agissions de la même façon. Quelquefois, quand je ne dormais pas encore, je voyais passer dans l’allée entre les lits et sans un bruit, une ombre, à toutes vitesses, et qui marquait un temps d’arrêt à la porte du dortoir et du hall, pour écouter deux ou trois secondes, puis d’un coup, elle disparaissait, caché par le mur du hall.

Le matin, au lever, après avoir refait nos lits, je me souviens qu’il y avait un passage aux lavabos pour nous réveiller complètement. Nous disposions d’un petit moment pour jouer aux billes, aux osselets ou discuter, dehors, devant le bâtiment des Volcans, en attendant que tous les goupes soit prêt, dans l’ensemble du camp.

De temps en temps nous recevions, les uns et les autres, un petit colis de nos chers parents. Comme ces paquets n’arrivaient pas tous en même temps, c’était de la curiosité et de l’envie de la part des petits copains qui voulaient voir ce qu’il contenait. Je me souviens des plaquettes de chocolat, j’ai oublié ce qu’il pouvait y avoir d’autre. Une friandise que l’on ne nous offrait pas au prévent, donc une denrée rare, convoité et trop éphémère. J’ai appris à garder le plus longtemps possible le petit carré de chocolat dans la bouche. Je le faisais rouler entre la langue et le palais sans le croquer, en le suçotant et le laissant fondre doucement.

Le réfectoire

Ensuite, c’était le rassemblement pour se diriger vers le réfectoire. Il fallait contourner le bâtiment principal, par l’extérieur, pour aboutir à son extrémité. C’était une grande masse de bâtisse, aussi, en pierre volcanique. Le réfectoire se trouvait au premier étage avec des grandes baies vitrée à petits carreaux, sur les deux murs opposés. On y accédait par un escalier intérieur à partir de la cour. Je ne sais à quoi servait le dernier étage. C’était en file indienne que nous montions dans la salle à manger, avec des arrêts fréquents. Nous étions nombreux, et il fallait bien que ceux qui étaient déjà dans la salle à manger, s’installent à leurs tables et à leur place respective.

Le réfectoire me paraissait très grand, avec mes yeux d’enfant. Haut de plafond, envahi de longues tables en bois, avec un banc de bois de chaque côté. Une grande cuisine ou s’agitaient plusieurs dames. J’occupais toujours la même place, comme chacun de mes petits camarades. De cet endroit, sur la longue table la plus proche de la cuisine, je les voyais s’affairer et ensuite amener sur cette tablée une énorme marmite en fer blanc. J’étais aussi effaré par la grosseur de la louche, peut être en fer blanc, elle aussi, pour servir la soupe. Elle remplissait notre assiette creuse en une seule fois. C’était ainsi le même rituel pour chaque table. J’appréciais beaucoup le petit déjeuner, de la même manière la grosse marmite, ou sa sœur, mais cette fois avec du café, et sa grosse louche était amené sur la table. Mes petits camarades avaient un bol avec beaucoup de lait, il me semble. Pour ma part, j’avais un bol de café noir, sucré à point, un régime spécial, anti lait, sans doute. Nous avions du pain à volonté, il me semble, mais mis à part du beurre, je ne sais plus, s’il y avait autre chose, peut être de la confiture.

Les repas

J’appréhendais le moment de monter au réfectoire, pour les autres je ne sais pas, et j’ai oublié, mais pour moi c’était pour moi le moment le plus angoissant de la journée, pour les repas de midi ou du soir ! Je ne sais plus si c’était le repas de midi ou du soir, peut être les deux. Je pense que c’était surtout celui du soir. Suivant ce que l’on allait nous servir, et il n’y avait ni menu ni information, pour nous rassurer. A chaque service c’était une découverte, avec beaucoup d’inquiétudes, de ce que nous allions devoir avaler, de force quoi qu’il en soit. Je considérais que c’était la punition de la journée. C’était pour notre bien, mais presque une maltraitance dans mon esprit et pour certains d’entre nous.

Ce que je ne pouvais ingurgiter, c’était la salade au jus de citron, sans autre assaisonnement, allez savoir pourquoi, quelques plats ne passaient pas ! En dessert, le gâteau de semoule, peu sucré, de la taille d’une grosse plaquette de beurre, avec des fruits confit à l’intérieur. Les mêmes plats revenaient assez régulièrement, chaque semaine. Peut être deux ou trois autres choses encore qui ne me plaisait pas, mais coûte que coûte, il fallait finir son assiette. Alors, cela nous arrachait des larmes, parce que nous savions que nous ne pourrions pas attendrir un surveillant. A la fin du repas, ceux qui avaient finis sortaient de la salle, et pour quelques un, toujours devant notre assiette à picorer des petites portions de la taille d’un petit pois, pour faire passer, à la limite du vomissement. Certains, régurgitaient totalement leurs aliments, mais ils étaient obligés de continuer de manger, avec en plus le goût des larmes. Il fallait finir son assiette, bon gré, mal gré, avec l’autorité derrière l’enfant rebelle, pour l’obliger à finir son repas et sans passe-droit.

Depuis, j’ai essayé la salade au citron et je l’ai mangée, comment donc était préparé celle qui a été le cauchemar de mon enfance ? Quand au gâteau de semoule, je l’ai toujours en horreur, je n’ai même pas essayé d’y goûter.

Mais il y avait des plats qui me réjouissaient. Les soupes, surtout l’une d’elle, composé de légumes couper en petits cubes, carotte, pommes de terre, céleri, etc. Pourtant cette soupe me paraissait claire et limpide, mais délicieuse. Si on me l’avait proposé je n’aurais mangé que cela, tous les jours, ainsi que la purée de pomme de terre dans laquelle nous formions un petit cratère pour le jus de la viande qui y était associé. Il y avait également un morceau de beefsteak, comme on en mange plus, de temps en temps et dont la cuisson et son jus, me ravissait. Les délicieux poireaux vinaigrette. Le plat d’épinards avec de la crème et un œuf semi dur était un régal. Il y avait sans doute d’autres menus, que j’appréciais, et d’autres beaucoup moins, mais j’ai oublié.

L’école

Après le petit déjeuner nous retournions, avec notre groupe, toujours encadré par une cheftaine, jusqu’à notre bâtiment.

Les jours d’école, c’était le rassemblement, dans la cour, derrière la bâtisse des volcans.

Quelque fois c’était un esprit plutôt militaire que la cheftaine ordonnait : prenez vos distances ! je ne veux voir qu’une tête ! Par colonnes, de deux ou trois rangs, il fallait tendre la main droite sur l’épaule du compagnon devant nous et la main gauche sur l’épaule de notre voisin de gauche. Et ne regarder que la tête, ou plutôt les cheveux qui se trouvaient devant nous. Ensuite, au signal, l’ensemble des groupes se mettaient en marche et se suivaient, à intervalle, menés selon les sections par un chef ou une cheftaine, comme un berger et son troupeau, il ou elle, se positionnait sur le côté, un peu en arrière, pour surveiller tout le groupe, ou faire avancer des retardataires qui bavardaient et prenaient de la distance. Nous nous dirigions vers l’école située à six ou sept cent mètres. Souvent, des chants saccadés accompagnaient la marche, interprétés par des voix juvéniles. Il n’était pas question de nommer nos surveillants par leurs prénoms pour leur parler, mais il fallait dire, chef ou cheftaine.

Je me suis très vite attaché à ma cheftaine, qui, sans doute, inconsciemment, dans mon esprit, était le trait d’union, avec ma mère. L’inverse a dû être, aussi, réciproque, quinze mois, ça créer des liens ; mais je n’étais peut-être pas le seul, après tout. J’ai retrouvé ma cheftaine, Lucette, en 2002, après beaucoup de recherches et d’hésitation, quarante et un ans plus tard. Cela a été un grand moment d’émotions, pour tous les deux, de raviver une partie de mes souvenirs ; Je pense que cela a été également une thérapie, pour moi, qui m’a libéré d’une certaine souffrance, presque obsédante, pendant tant d’années.

L’école comportait plusieurs bâtiments qui formaient, vu de dessus, une fourche stylisée. Notre arrivée se faisait par un escalier en pierre pour accéder à la grande cour, situé en terrasse, à l’aplomb de la route, que nous venions de quitter. Il fallait monter un certain nombre de marches, pour y accéder. Pendant un moment nous pouvions jouer à tous les jeux ordinaires d’une cour d’école, mais c’était beaucoup, dans ces années là, aux billes et aux osselets. Puis, le rassemblement avant de rentrer dans nos classes.

J’avais un protecteur qui devait avoir une quinzaine d’année, il me paraissait grand et fort, et il était respecté des autres. Quand j’étais agressé par un gamin pour une quelconque raison, souvent pour être rançonné de mes billes, ou pour une vendetta, j’allais le chercher ; il intervenait de suite et j’avais la paix, un moment, jusqu’à la fois suivante. Je ne sais vraiment pas, aujourd’hui, pourquoi il m’avait pris sous son aile et pourquoi il me protégeait, nous n’étions pas dans le même groupe. Mais, sans doute que les plus grand, nous prenaient, le temps de notre claustration, à tous, pour leurs petits frères.

On entrait dans nos classes, par une galerie, extérieure au bâtiment, qui longeait, l’intérieur de l’ensemble des constructions. L’accès à chaque classe était indépendant, elles avaient deux portes, une vers la galerie et une à l’opposé, vers le petit bois et le chemin qui ceinturait l’ensemble de la construction ; je crois que l’on entrait plus souvent par celle-ci. Il n’y avait que le sous bassement, le premier niveau, qui était réalisé en pierre volcanique, le reste était en préfabriqué.

Pendant mon séjour, j’ai obtenu, malgré tout, de bonnes notes et même un prix ou au tableau d’honneur, mais j’ai perdu tous ces documents. Je me souviens aussi d’une image de grande dimension sur le mur qui était à la droite de ma table et qui représentait le paquebot France avec les détails, en coupe, de sa structure ; mon regard se portait souvent sur cette planche et je détaillais chaque compartiment, chaque ponts et cela me faisait rêvasser.

Il était en construction ou venait d’être inauguré, peut-être, à ce moment-là.

Après la matinée d’école nous repartions de la même manière vers « le centre », pour le repas de midi

La sieste

Après le repas de midi, nous devions nous reposer, cela faisait partie de la thérapie. Sans nous consulter, et surtout, contre nôtre gré, à tous. Nous devions nous dévêtir, je ne sais plus s’il fallait enfiler le pyjama ; défaire le couvre lit et le replier, convenablement, avant de nous glisser dans les draps.

La sieste devait durer plusieurs heures, me semble t’ il, une éternité pour nous, dans un silence absolu.

 On entendait que les mouches voler.

 A partir de ce moment, l’attente nous paraissait ne jamais finir. Quand le soleil brillait à l’extérieur, nous n’avions pas toujours envie de dormir, mais quoi qu’il en soit, il fallait feindre, et fermer les yeux. C’était un supplice, tous les après midi de la semaine.

 Pendant la belle saison, du printemps à l’automne, dans le grand silence des voix des gamins, et sur tout le prévent, il n’y avait que le bruissement des feuilles dans les grands peupliers blancs du chemin et le chant des grillons ou des criquets, dans les prairies.

 Nous étions bien loin des routes et de toute façon les voitures venant au prévent, étaient très rares.

 Régulièrement, j’entendais le tintement des sonnailles d’un troupeau de mouton et de temps en temps un ordre que devait donner le berger à son chien. Le troupeau se déplaçait constamment, avec des bêlements intermittents. Les pâturages alentour des bâtiments et sur tout le domaine me paraissait vaste, ils étaient entretenus impeccablement, comme le ferait un jardinier avec sa tondeuse, où que nous allions.

 A la pensée que ces moutons avaient la liberté de courir dans les prairies autour du prévent, en plein air, sous le soleil, je les enviais pour ce privilège !

 Le jeudi était mon jour préféré, et pour d’autres aussi, il n’y avait déjà pas école ! Quelques instants après notre coucher, la surveillante venait nous réveiller, silencieusement, en tirant les draps, pour ne pas déranger, ceux qui dormaient ou qui faisaient semblant, et nous disait : catéchisme. Alors, je me levais rapidement, quelquefois lentement, pour feindre un peu, mon endormissement.

C’était le meilleur moment de la semaine, pratiquement peu ou pas de sieste.

Nous nous rendions, discrètement, jusqu’à la salle de catéchisme.

Le curé, dans sa soutane noire, en drap épais tombant sur ses chaussures avec sont béret noir, était habillé comme le curé, dans le film « Le grand chemin » avec Richard Bohringer.

Il faisait la navette entre sa « Deudeuche » grise, que l’on apercevait, à l’extérieur, par la porte ouverte de la petite salle de caté, et apportait son matériel de projection. Je ne sais pas le nombre de gamin qui participaient à ses séances, mais il devait en venir également des autres groupes.

Nous avions droit, premièrement, à l’histoire du Christ Jésus, avec l’histoire de sa vie, et jusqu’à sa crucifixion, documentée à l’aide d’un projecteur, image par image, de petits films insonorisés avec les explications, par la voix du curé.

Enfin, ce que nous attendions tous, pour le dessert, sans vouloir le laisser paraître, un épisode des aventures de Tintin et Milou ! De la même façon, image par image, en noir et blanc, sans le son ni bruitage, le prêtre nous lisait les textes qui se trouvaient dans les « bulles », au dessus des dessins. Malgré tout on entendait, de temps en temps, des gloussements, de petits rires étouffés ou quelques petites observations, discrètes.

Au bout d’un épisode, d’une ou deux pages, le curé annonçait : - voilà c’est terminé, à la semaine prochaine ! Grande déception générale et nous trainions des pieds pour regagner nos dortoirs, et gagner ainsi quelques précieuses secondes. Certains posaient une ou deux questions au prêtre qui, il me semble, était gentil et plaisant.

Tous cela était très primaire, mais pour nous pauvres petits détenus, c’était une grande récréation qui nous permettait d’échapper, surtout à la sieste, et déjà, je pensais au catéchisme de la semaine suivante. Il n’y avait pas téléviseur au préventorium !

Après la sieste, je ne me souviens plus si nous repartions à l’école.

Sinon, les jeux se pratiquaient surtout dans la prairie, devant la façade des Volcans, et sur les balançoires et tourniquets, de l’aire de jeux, un peu plus loin.

L’infirmerie

Je n’ai pas le souvenir des visages du médecin chef et des infirmières.

L’infirmerie était aussi une épreuve, avec ses seringues en verre, grandes comme des pompes à vélo, avec nos yeux d’enfants !

Pour des raisons qui me dépassent maintenant, certainement justifiés mais que j’ai oubliées, nous

allions à l’infirmerie pour des petites maladies. Nous y restions quelques temps jusqu’à notre guérison, toute la journée en pyjama et sur notre lit à lire des B.D. ou jouer à des jeux de société et à discuter avec ses voisins de chambrée.

La catastrophe arrivait chaque matin au réveil, séance de piqure, l’infirmière passait de lit en lit avec sa seringue et sa longue aiguille. Au fur et à mesure quelle se rapprochait du miens l’angoisse me serait la gorge. Je priais alors qu’elle m’oublie et passe mon tour, je faisais semblant de lire et j’espérais qu’elle ne me dérange pas, mais rien à faire, elle m’en voulait, pensais-je alors.

Quand elle portait le flacon de sérum à la verticale devant son visage pour aspirer le produit dans la seringue puis expulser l’air qui restait dans ce tube en verre, je savais qu’il n’y avait plus rien à faire, j’allais y passer.

Elle passait un coton imbibé d’alcool à l’endroit ou elle piquait la fesse, puis plantait l’aiguille, ce qui était déjà difficile à supporter. Mais l’une d’elles piquait l’aiguille et ajustait ensuite la seringue dessus c’était plus pénible. Mais quand le produit maudit entrait dans l’épaisseur de la chair, alors je priais encore pour que tout aille très vite. Les yeux fermés je serrais les dents pour ne pas pleurer.

Cela donnait l’impression que la fesse se dilatait, devenait dure comme du bois et que la jambe se raidissait, je ne trouve pas les mots juste pour exprimer cette douleur. Cela semblait interminable et quand elle enlevait l’aiguille il n’y avait pas de soulagement. La douleur persistait longtemps, je ne pouvait pas m’asseoir, il fallait rester allonger sur le ventre un moment avant que cela s’estompe.

Dans une conversation avec mon médecin où je lui avais rapporté l’épisode des aiguilles de seringue de ce temps là, il m’avait expliqué qu’à l’époque ces aiguilles étaient un peu plus grosses et aiguisés et réutilisés pour de nouvelles infiltrations.

Nous devions, probablement, avoir les mêmes traitements que les militaires, dans leurs casernes. J’ai supposé, aussi, avoir la même thérapie, pour toutes sortes de maladies, vu que les produits avaient la même similitude, par la souffrance qu’ils occasionnaient.

Je me souviens aussi d’une Bronco thérapie : avant l’intervention on m’avait fait dormir très longtemps et ensuite transporté dans une salle médicale, où j’étais dans une demi conscience, on m’a intubé avec des tuyaux par la bouche puis dans l’œsophage et je me suis à nouveau endormi. Au réveil j’ai ressenti une sensation déplaisante dans la gorge et l’œsophage de petites brûlures, comme des écorchures. J’avais du mal à déglutir et avaler ma salive et les aliments. On me réveillait pour manger, encore dans un demi-sommeil et j’ai dû dormir encore pendant un certain temps.

Un jour j’ai eu un compagnon de lit qui avait un autre régime alimentaire, (sauf pour les piqûres). Ses plateaux repas étaient différents, mais surtout ce qui me faisais saliver c’était sont dessert, une banane, que nous autres n’avions pas. Il avait une façon singulière pour la manger. Je l’observais par en dessous. Il enlevait la peau en une seule fois et tenais le fruit dans sa main. On m’avait appris à dérouler cette peau au fur et à mesure que l’on mangeait ce fruit, pour une question d’hygiène, et ne pas y mettre les doigts. Lui, ôtait totalement la peau du fruit, d’une manière désinvolte, visiblement routinière. Nonchalamment Il mangeait cette banane rapidement en lisant son journal de Mickey, et je me demandais s’il avait eu le temps de le savourer.

Discrètement, je ne pouvais m’empêcher, avec beaucoup d’envie, de le voir déguster sont fruit. Nous autres, n’y avions pas droit, mais on ne nous donnait pas d’explication.

Il y avait aussi la prise du « charbon ». Quelquefois, je ne saurais dire à quelle période et pour quelle raison, probablement les vers intestinaux. Après le repas du soir, en file indienne, nous passions devant une infirmière qui nous enfournait une cuillère de charbon actif en poudre dans la bouche. Ensuite, c’était des éclats de rire, à nous regarder, barbouillé de noir, à l’intérieur et autour de la bouche. C’était une occasion de faire des grimaces et de nous moquer gentiment les uns des autres.

La messe du dimanche

Le dimanche, était le jour de la messe pour les petits chrétiens que nous étions, pour un certain nombre, du moins. Après le petit déjeuner, et dans notre dortoir, nous devions revêtir une culotte courte, à peu près jusqu’aux genoux, en velours côtelé, de couleur bleu marine ou noire, j’ai un doute. Nous avions une petite chemise blanche et je crois, un nœud papillon. Une petite veste, assortie à la

culotte accompagnait le tout. Je ne sais plus pour les chaussures, mais elles devaient être assortis, au

moins noires, je pense que c’était mes mocassins. A cette époque j’aimais les mocassins, surtout vite enfilés. Toujours en rang, comme d’habitude, nous rejoignons l’église, mais certainement moins nombreux que pour l’école.

La salle de spectacle

Nous avions droit à des séances de cinéma qui nous réunissaient, aussi, avec les filles, comme à l’église, le dimanche. La salle était située à l’extérieur du village, proche du château. Il y avait également des spectacles de théâtre, je crois, dont je ne me souviens plus du tout. Par contre certaines séances me sont inoubliables, comme Jour de fête de Jacques Tati, il jouait également le rôle du facteur d’un village en fête. Il y avait des hurlements de rires, tout au long du film dans la salle, de la part des gamins que nous étions. Jody et le faon …un petit garçon qui sauve un faon …

Un autre film qui me laisse encore sceptique aujourd’hui. Je ne me souviens pas du titre mais c’était l’histoire d’une sorcière accompagnée d’un singe avec des lapins qui conduisaient une petite voiture à pédale pour échapper à cette sorcière. L’action se déroulait dans une forêt sombre et lugubre, encore plus effrayante en noir et blanc. Une autre fois, un reportage sur la vie des Incas de cette époque, avec eleurs vêtements très colorés. Les femmes portaient des jupes très larges, qui avaient l’air de flotter par l’épaisseur des dessous et un curieux chapeau melon sur la tête. Le plus répugnant pour nous tous, est que le commentateur expliquait qu’elles mâchaient les aliments avant de les recracher et faire une boulette pour nourrir leurs bébés. Bien sûr beaucoup de dégout et de commentaire de la part des gamins.

Les autres séances ne m’ont pas laissées de souvenir.

J’ai oublié de prendre des photos de cette salle désaffectée, qui sert de remise aujourd’hui et parait tristement abandonné, mais si vivante à cette époque-là.

Les visites des parents

Il y avait deux accès au centre Lafayette, l’un par la route principale, venant du village, partant du château et passant devant la salle de spectacle, un peu isolée du bourg. Puis quelques centaines de mètres plus loin, rejoignait l’école et plus loin encore, à un petit carrefour, où se situait une grande croix de bois. A cet endroit deux piliers en pierre ou ciment, annonçaient l’entrée du préventorium des garçons.

Le second, un chemin presque parallèle à la précédente voie à une centaine de mètres, mais en ligne droite, celui-ci. Il débutait approximativement dans l’espace de jeux, des balançoires et tourniquets, et après huit ou neuf cent mètres débouchait au carrefour du château de Chavaniac.

Ce chemin était mes trop courts instants de bonheurs, mais aussi tout mon désespoir.

Maman m’a rendu visite deux ou trois fois, dont l’une, avec ma seconde sœur. Un jour mon père, aussi, est venu seul. A cette époque le voyage en train était long et coûteux.

Pour leurs visites, ils restaient deux journées, donc en plus, une nuit à l’auberge.

Pendant mon internement au prévent, mes parents étaient repartis s’installer dans le nord de la France, ma région d’origine, entre Douai et Valencienne, où mon père avait débuté son nouveau travail.

En 1960 il y avait trois hôtels à Chavaniac. Le dernier, le Lafayette, est fermé et à vendre depuis quelques années, triste constat d’une institution centenaire qui faisait vivre un village et qui a pris fin.

Quand maman venait me rendre visite nous partions vers le village, à cet instant je ressentais une immense liberté. Pas de sieste, je goutais le plaisir, égoïste, du silence autour du centre, pendant que mes petits compagnons étaient dans leur lit. Le centre, était à ce moment-là, sous le soleil d’été, paisible, tranquille, et je souhaitais que cet instant ne se termine jamais. Juste le chant de quelques grillons ou de criquets, le bruissement des feuillages et quelque part, au loin les clarines et des bêlements de moutons

Nous partions par le chemin parallèle, un chemin interdit sans nos parents. Je serrais très fort la main de ma mère, au cas où… Nous faisions de longues balades tout au tour du village dans des endroits où nous n’avions pas accès avec mes compagnons d’infortune.

Maman avait fait la connaissance et avait sympathisé avec une mamie, un peu à l’écart du bourg, et nous allions manger chez elle, le midi, une omelette avec les œufs frais de ses poules.

J’étais libre une partie de la journée, mais en fin d’après midi il fallait rentrer pour aller coucher au centre. Ces moments délicieux étaient beaucoup trop cours pour moi, enfant.

Quant maman devait repartir jusqu’à sa prochaine visite, dans plusieurs mois, ce moment de la séparation était épouvantable, cela se passait à la porte des Volcans. Maman devait partir sans se retourner. C’était la consigne, et peut être parce qu’elle ne voulait pas montrer ses larmes. Je pleurais, je hurlais, ça j’en suis sûr, je voyais partir la seule personne qui pouvait me sortir de ma détention. Je voulais repartir avec elle et rentrer chez nous. Mais maman, que pensait elle à ce moment là, certainement qu’elle

aurait voulu m’emmener chez nous bien sûr, si ce n’était pour le bien de ma santé qui m’avait amené ici. Je me débattais pour échapper à des mains fermes qui me retenaient, pour ne pas courir derrière elle. Puis ont ma fais rentrer dans le bâtiment et fermer la porte. Je la voyais s’éloigner sur le chemin et je frappais sur les vitres de cet obstacle, quitte à les briser, passer au travers et la rattraper. On ma éloigner de cette ouverture et peut être consolé, mais s’est sur mon lit que j’ai déversé mes larmes et ma rage d’être un enfant et ne pouvoir me défendre et rejoindre maman.

Je ne sais si mes petits compagnons avaient de la compassion, mais je n’ai pas le souvenir de moqueries de leurs parts dans ces moments-là.

Eux même avaient dû connaître le même épisode.

De trimestre en trimestre mon départ était reporté.

Noël

Noël 60/61. La salle du réfectoire avait été décorée, sans doute, dans le plus grand des secrets et pour le plus grand plaisir des enfants. Des guirlandes suspendues au plafond un peu partout, les tables également décorées, mais je ne me souviens plus de quelle façon. Un peu au fond de cette salle à manger, une grande cheminée avait été réalisée pour cette occasion, probablement en carton, avec son âtre où virevoltaient des flammes factices. Il y avait des paquets cadeaux, enrubannés, autour du foyer de la construction. Un vrai et grand sapin, tout aussi décoré accompagnait la cheminée. Sans doute, de douces musiques de Noël étaient diffusées. Nous étions surpris, ravis et heureux en entrant dans ce réfectoire. Nos cadeaux avaient été envoyés, discrètement, par nos parents pour cette grande fête.

Plus tard, j’ai été déçu de mon cadeau qui était un jeu de roulette de casino, en plastique noir brillant avec des chiffres dorés. J’ai vite fait un échange avec un petit copain contre son jeu de construction, des briquettes en plastique blanc qui s’emboîtaient les unes sur les autres. Avec ses tuiles rouge vif, il était possible de réaliser une maisonnette, sans doute l’ancêtre du Légo ! Je pense que c’est de là que ma passion du modèle réduit et de la miniature est venue.

Les jeux et sorties dans la campagne

Notre liberté à l’extérieur était assez réduite, nous ne pouvions nous aventurer ailleurs que près de notre groupe. Il était hors de question d’aller explorer les environs ou ce qui pouvait nous y attirer. Il y avait de grandes prairies autour du prévent, entretenues par un ou plusieurs troupeaux de brebis qui laissaient derrière eux une herbe toujours rase, engageante pour si rouler et faire des galipettes

Certaine fois un groupe était formé, avec plusieurs sections, toujours en rang, pour aller dans la forêt toute proche et où nous pouvions nous éparpiller provisoirement mais toujours à la vue des chefs et cheftaines. Là, autour des grands sapins nous recherchions de belles écorces encore accrochées aux troncs ou tombées sur le sol. Dans ce liège épais, léger et malléable nous taillions des coques de bateaux avec une pierre râpeuse, comme on en trouve beaucoup dans la région. Les couteaux étaient prohibés et nous n’en avions.pas. Puis, on y fixait un mât fait d’une fine branchette et une feuille d’arbre en guise de voile et ainsi voguait notre petit voilier, sur un petit ruisseau si peu large qu’on pouvait facilement l’enjamber et profond d’une main.

Il y avait bien sûr d’autres jeux, mais j’étais plutôt du genre manuel, constructeur et explorateur et déjà la nature environnante m’apportait une certaine évasion et un sentiment de liberté temporaire.

Cela nous prenait toutes nos trop courtes heures de liberté et le moment du rassemblement arrivait toujours trop tôt.

Il y avait, à cet endroit, une mine ou une carrière, dissimulé à nos yeux mais pourtant proche et nous entendions souvent, du prévent, des explosions étouffées, à certains moments. Apparemment on y extrayait du quartz, on en trouvait de joli spécimen sur le sol de ces bois. Lors de ma visite en 2017 à Chavaniac, obsédé par le souvenir de cette mine, mystérieuse, et ce que l’on pouvait en extirper autrefois, j’ai recherché le lieu, maintenant abandonné, mais je n’y ai trouvé que du vieux grillage délabré et des fils barbelés, dans une zone difficilement accessible et une végétation dense

Je n’ai pas eu de réponse sur l’activité de cette mine et a quoi pouvait bien servir ce que l’on en extrayait.

Je me souviens aussi d’une journée fort animée, au centre Lafayette. Cela se passait dans la très grande prairie derrière le réfectoire. Mais, là aussi, la nature a repris ses droits et maintenant les arbres ont envahi ces pâturages.

Le groupe « des grands » avaient réalisés la maquette d’un grand planeur.

Pour son décollage l’appareil était soutenu à hauteur d’homme par un des garçons. Quelques dizaines de mètres plus loin, un ou deux adolescents, sous le contrôle d’un chef, peut être le manchot, maintenaient une grosse bobine de ficelle muni d’une manivelle et l’ensemble était posé sur un pied. L’avion et la bobine étaient relié par cette ficelle. Au moment d’un signal, le garçon qui tenait le planeur devait courir vers les deux autres, en maintenant l’avion le plus haut possible, pendant que ses deux camarades tournaient rapidement la manivelle, pour tracter cet appareil et permettre son envol. Je n’ai pas souvenir que le planeur ait décollé.

Je pense que tous les groupes étaient réunis pour cette démonstration, dans cette prairie où nous n’avions pas accès d’habitude. Plus ou moins intéressé, tous les gamins courraient et jouaient en tous sens et c’était la débandade, pour profiter de ce moment de liberté, dans l’herbe rase de cet endroit.

Kermesse et fête au château

Pour quelques occasions, la cour du château était aménagée avec des tables drapées, sur lesquelles des jeux étaient organisés. Jeux d’adresses et autres, la mémoire me fait défaut ou alors je n’y trouvais pas grand intérêt. Là encore c’était une occasion de rencontrer les jeunes pensionnaires du château. Mais, avec aucunes des jeunes filles je n’ai bavardé, par timidité.

Ma cheftaine

Je n’ai pas souvenance de tendresse, en général, de la part des cheftaines envers les enfants. Peut être que les enfants étaient trop nombreux pour s’émouvoir sur quelques un. Quand les chefs ou cheftaines donnaient un ordre, il valait mieux obéir, les choses ont bien changés, aujourd’hui, à l’époque actuelle.

Par contre, un jour, ma cheftaine, Mlle Pubellier m’avait emmené au village pour passer chez l’épicière qui devait devenir, plus tard, sa belle-mère. Ce fut pour moi et pour un petit moment un jour de bonheur, elle m’avait pris la main et j’étais heureux et fier comme un paon. J’ai peut-être été le seul à être traité de la sorte et j’ai sans doute été envié par les petits copains de mon groupe. Elle m’avait offert une boisson, l’épicerie et le petit café étaient attenant et appartenaient à la même famille

Mais je me souviens aussi d’une gifle magistrale, un soir, au moment du coucher. Nous étions dans nos lits respectifs, la cheftaine avait regagné sa chambre. Mais il y a eu un peu de chahut, entre gamins, qui s’est amplifié, la cheftaine est apparue à la porte, et a ordonné le silence. Elle m’a désigné du doigt et m’a demandé de venir la rejoindre, tout penaud, arrivé près d’elle, j’ai reçu une gifle qui m’a brulé la joue. Je l’ai sans doute méritée, et étant peut-être moins dissimulateur que d’autres, j’ai pris pour tous. Une fois l’éclairage éteint et humilié devants mes camarades, mais surtout par ce geste qui me laissait penser qu’elle ne m’aimerait plus. J’ai pleuré doucement, dans mon lit, pour que mes camarades n’entendent pas, plus par fierté bafouée, que par la douleur de cette gifle.

J’ai retrouvé ma cheftaine, Lucette, quarante ans plus tard, en 2002, après beaucoup d’hésitation de ma part, je craignais que cette rencontre ne nous déçoive l’un et l’autre. Mais l’envie, pour moi, était plus forte que tout, et ce fut le contraire, nous avons évoqué des souvenirs, et il y a eu quelques larmes sur cette époque.

Aujourd’hui, je suis guéri, aussi, de ce tourment qui, pendant tant d’années m’a rongé l’esprit, sur cette partie de ma vie.

Le coiffeur, le dentiste

Je n’ai aucun souvenir du coiffeur qui devait, sans doute, venir régulièrement. Sinon d’une coupe « au bol » et à la tondeuse, qui devait être expéditive, vu le nombre de tête à tondre.

Pour le dentiste, j’ai le souvenir d’une petite bagarre, comme il devait s’en passer de temps à autre entre gamin mais qui était vite interrompue et corrigée par un surveillant. J’avais reçu un coup de poing au menton qui m’avais ébréché une incisive sur la mâchoire inférieure. Lors de sa visite, c’est certainement avec beaucoup d’appréhension que je suis entré dans son cabinet, mais celui-ci n’avait pas jugé bon d’extraire cette dent et je lui en suis reconnaissant, bien que l’arrête vive de la cassure me gênait beaucoup à ce moment-là. J’en ai connu d’autres praticien qui n’auraient pas hésité à l’enlever. Je porte toujours cette dent qui maintenant s’est adoucie avec l’usure du temps.

Un second préventorium, pour la bourgeoisie

La maison jaune’ sur la route de Jax était le préventorium d’une catégorie sociale qui ne devait, sans doute, pas être mêlé au petit peuple, que nous étions au centre, noblesse oblige.

Les traitements et les repas devaient être différents.

Ma cheftaine, Lucette, après avoir quitté ses fonctions au centre et après son mariage, avec Yves, son mari, ont acheté la maison jaune. Cette magnifique bâtisse, maison bourgeoise, style manoir normand, cossue, sur trois niveaux, avec de grandes pièces. Un parc, entièrement boisé de grands arbres, ceinture ce bâtiment.

J’ai dormi dans cette grande maison en 2004 lors de l’exposition 1916 …2004, au centre Lafayette, où un certain nombre d’ancien du prévent se sont retrouvés. J’y avais été invité par Lucette. Quelques chefs et cheftaines, infirmières et petits malades du passé ont vécu cette journée à évoquer des souvenirs, autour d’un repas qui nous a fait échanger encore d’autres souvenirs.

Cette nuit là, dans cette grande maison, silencieuse, éloignée du village, cernée de grands sapins, au commencement de la forêt. Je m’attendais à y entendre les bruits et les chuchotements des fantômes des gamins qui avaient vécu ici, pendant de nombreuses générations !

Retour à la maison

Mon séjour au préventorium a sans aucun doute endurci mon caractère pour la vie. Plutôt solitaire dans mon adolescence. Timide, toujours en retrait pour ne pas me faire remarquer, ensuite mon caractère s’est affermi.

Et plus tard, à tout juste vingt ans, je suis devenu un meneur d’homme, et un chef d’équipe, dans le transport des marchandises ; sans doute pour prendre une revanche sur cette époque où je devais me faire encore plus petit que je ne l’étais, en baissant la tête.

Je finis toujours mon assiette et mange tout ce que l’on me propose. Ce qui signifie que l’éducation au prévent, un peu rude peut être, m’a été bénéfique.

Cette période a forgé mon caractère pour les années qui ont suivi mon adolescence et je l’ai peut-être mal vécu inconsciemment.

La séparation avec ma famille et surtout ma mère a été douloureuse.

Le règlement était assez rude, plutôt militaire, encore que ceux-ci pouvaient « faire le mur »de leurs casernes. Ici, les fugueurs n’allaient pas très loin, et étaient ramenés rapidement par les gendarmes.

Ça ne fais rien ! Souvenirs bons ou moins bons, malgré ce qui m’a paru, à mon jeune âge, un traitement plutôt dur, a été profitable pour ma santé. Quand j’ai quitté le préventorium de Chavaniac

Lafayette, j’étais parfaitement guéri. A mon retour, et à la descente du train, ma seconde sœur qui était

venue nous accueillir, ma mère et moi, avait pris ma main, et étonné de sa taille elle s’en est exclamée, j’étais potelé !

Aujourd’hui, je n’ai que de bons souvenirs de cette époque et de ce lieu, et cette envie d’y retourner, dès que possible, pour respirer le bon air bienfaisant de Chavaniac Lafayette.

Patrick Bekasinski - Les Volcans - 1960 / 1961

Groupe des Volcans - Mlle Lucette Pubellier et Solange Forestier

Je suis retourné à Chavaniac Lafayette le 23 juin 2017

J’y ai retrouvé le même silence et la tranquillité comme pendant les heures de siestes de l’époque où maman venait me rendre visite.Maiscette fois le prévent est déserté, même si les bâtiments paraissent, encore, en excellent état et prêt à revivre.

Il n’y a plus les moutons pour entretenir l’herbe autour des bâtiments.Un serpent plutôt dodu, traversant la route m’a dissuadé de m’engager en short dans les hautes herbes pour prendre d’autres photos, pour des plans plus larges.

Autrefois, en venant du village et du centre scolaire, nous apercevions l’ensemble des bâtiments du prévent, et, avant tous les autres, la première construction, celle des Volcans.

Maintenant tout est noyé dans la végétation, de grands arbres ont envahi les prairies. La nature a repris ses droits. Avant l’entré du centre, au petit carrefour, il y avait le calvaire avec sa grande croix en bois sur un socle en pierre, la croix est brisée et repose sur sont piédestal, à peine visible dans les broussailles et les châtaigniers qui ont envahi l’endroit. Peut être le signe de la fin de cette institution

A l’entrée avec ses deux piliers, chaque côté de la petite route qui descend vers (le prévent) est bordé de tilleuls, qui autrefois étaient sans doute taillés et entretenus. Ils sont abandonnés à leur sort et il faut presque se baisser pour avancer sous ces arbres. Que de souvenirs tous ces arbres.

Les peupliers blancs, très hauts déjà à l’époque, sur le petit chemin à l’extrémité de l’aire de jeux, et leurs feuillages qui bruissaient sous la brise, pendant nos siestes silencieuses.

Cela m’a serré le cœur de voir partir cette institution, à vau-l’eau.

J’avais espéré que ce centre revive, peut être en maison de repos, en souvenir des dizaines de milliers de gamins qui ont vécu ici leur convalescence et qui pourraient, s’y ils le souhaitaient, à nouveau s’y reposer quelques temps, et revivre, avec leurs souvenirs, cette partie de leur enfance.

Nous avons appris que ces bâtiments ne pourraient plus être réutilisés ou réaménagés pour d’autres fonctions. Ils avaient été construits à partir de plaques de fibrociment (amiante) et l’isolation également contenait de l’amiante. Même leur démolition et le traitement de l’amiante réalisé par des entreprises spécialisés coûteraient une fortune.

Nouvelle visite en juin 2018

Je souhaitais à nouveau m’imprégner de mes souvenirs en passant deux ou trois jours à Chavaniac. Mais cette fois quelle déception et une grande tristesse !

Le prévent était maintenant vendu et en cours d’aménagement. De grands poteaux encerclant tout le préventorium, des poteaux de bois très haut avec du grillage qui me paraissait démesurés.

La première image qui m’est venue à l’esprit c’était l’aspect d’un camp de concentration, sans miradors.

Je me suis arrêté à la l’entrée du prévent, là où se situait la grande croix de bois et les deux piliers. Finies les visites libres à travers les bâtiments et les prairies.

Tous mes souvenirs s’arrêtaient ici devant cet aménagement, pour l’élevage de chiens de race.

Nous sommes repartis le lendemain matin.

 

Mémoire (30/04/2017)