11 novembre 2016

Bonjour à tous, voici un mémoire écrit par un ancien du prévent "André Walger"

Chavaniac Lafayette

Comme ma santé n’était toujours pas très bonne en 1933, ma mère a consulté la Doctoresse Wymbaum au dispensaire Municipal de Clichy. Celle-ci a décrété que ce n’était pas la mer qui me convenait, mais la montagne à 500 ou 600 mètres et a dit que l’Auvergne serait très bien pour moi.

Le 31 mai 1933, avant la fin de l’année scolaire, je suis parti au préventorium « LAFAYETTE » à Chavaniac - Lafayette en haute loire.

Ce préventorium, le  «LAFAYETTE MEMORIAL», avait été une maison de repos américaine, pour enfants orphelins de la guerre de 1914-1918.

Les filles logeaient au village dans le château Lafayette, les garçons dans des bâtiments situés à quelques kilomètres du village.

Ce préventorium était organisé et géré en commun avec une association de scouts, laïques les « Éclaireurs de France ». Les plus jeunes étaient louveteaux et ensuite en fonction de l’âge, intégrés dans des « troupes ».Cette organisation avait l’avantage d’assurer une bonne discipline et d’avoir pour tous ces jeunes de nombreuses activités. Par exemple, le midi et le soir pour nous rendre au réfectoire pour le repas, il y avait le rassemblement des troupes devant le bâtiment principal puis les troupes partaient les unes après les autres en chantant.

Cest l’ Lata, c’est l’ Lata C’est l’ Lata

qui m’a donné tout ça

La santé…..etc je ne me rappelle plus la suite

L’encadrement était fait par des « chefs » ou « cheftaines ». Chaque troupe avait son « local »,les plus beaux de France parait-t-il et qui avaient reçu la visite de Baden Powell le chef du scoutisme mondiale à l’époque. Ils servaient aux réunions et pour certaines activités par exemple fabrication de tapis, collection de papillons ou étude des connaissances nécessaires au passage des « badges ». Le badge étant une reconnaissance d’un savoir faire comme par exemple boulanger, ou bien d’autres métiers. Il donnait lieu à un examen très sérieux, qui permettait ensuite de porter un badge sur la chemise au bras gauche. Les activités de plein air consistaient en jeux de piste et d’orientation et en marches dans la montagne ,le Lata qui surplombait le Prévent où étaient installées quelques classes de plein air. Notre sport le plus important était « la batte » une adaptation du « base ball » américain.

Tout d’abord, avec le groupe d’enfants arrivés en même temps que moi, nous sommes restés au moins un mois au « lazaret » en quarantaine, pour être sûr que nous n’avions pas de maladies contagieuses et recevoir un certain nombre de piqûres (encore).

Sur la photo ci-jointe le petit garçon complètement à gauche, c’est moi.

Nous n’avons pas été scolarisés.

Ensuite j’ai été placé dans une troupe de louveteaux, ce qui me plaisait beaucoup, mais où j’ai eu quelques problèmes d’intégration. Il y avait quelques caïds que je ne pouvais supporter, mais qui étaient plus forts que moi. Aussi au cours d’une sortie et d’une bagarre à coups de pierres, j’ai été blessé à la jambe droite, une belle entaille, très longue à cicatriser (j’en ai encore la marque aujourd’hui). Une autre fois, alors qu’il pleuvait et que nous jouions dans une salle sous le réfectoire, j’ai provoqué un de ces caïds, malheureusement il était aussi plus fort que moi et il m’a donné un bon coup de poing sur le nez qui a saigné abondamment. Le dimanche nous allions à la messe au village, ceux qui le voulaient, c’était surtout l’occasion de pouvoir acheter quelques bonbons à l’épicerie du village (aujourd’hui la Mairie).

Je n’ai jamais eu à me plaindre de la nourriture, bien au contraire, j’adorais les sardines à l’huile et le pâté de rat (mélange de viande hachée et de purée de pommes de terre).

Au mois d’août les « Éclaireurs de France » ont organisé dans un champ à coté du Prévent une grande kermès avec de nombreux stands réalisés par chaque troupe. Les parents et tout le village étaient invités.

Je ne me rappelle plus combien de temps j’y suis resté. J’en suis revenu en pleine forme. C’était le bon choix.

Pendant ce séjour, mes parents sont venus me voir. Ils logeaient à l’hôtel Pignol au centre du village

J’y suis retourné en 1937 et 1938, mais pour des vacances scolaires.

Rien n’avait changé. Le Prévent était toujours géré par le « Mémorial Lafayette » et les « Éclaireurs de France »

J’ai été affecté à une troupe scout « Le Lata ».

Au mois d’ août nous partions en camp pendant un mois à Villeneuve d’Allier. Nous y avions de nombreuses activités, on avait même un canoë pour nous promener sur l’Allier. L’encadrement était léger, le chef de troupe, une cheftaine, une personne qui coordonnait les approvisionnements et la « cuisine ». Une infirmière, très sympa, nous rendait visite de temps en temps. Le camp était installé au bord de l’eau. Pour nous y rendre depuis le prévent, sac au dos avec une partie du matériel de cuisine et 25 km dans la journée ! Pour l’organisation et la tenue des installations, chaque patrouille avait une fonction à assumer (une troupe compte quatre patrouilles) et était notée en fonction de la qualité de sa prestation et de l’état de propreté de sa tente, et aussi des astuces que la patrouille avait réalisées pour agrémenter ou faciliter la vie du camp (un plongeoir par exemple). Chaque jour, la patrouille la mieux notée avait le privilège le matin de hisser les couleurs. Le soir, au feu de camp, chants et animations entraient aussi dans la notation. Les fonctions journalières des patrouilles ; faire la cuisine  pour la journée ; les grandes gamelles sur deux pierres et le feu de bois ! Servir les repas, aller au village chercher de l’eau potable….ou aller chercher le pain ou autres nourritures au village. A propos du pain, quand nous revenions du village, nous passions sur un pont suspendu qui surplombe l’Allier d’au moins quatre vingt mètres ; pour rejoindre le camp il fallait descendre un petit sentier très abrupt, les pains étaient ces grands pains ronds de campagne qui faisaient bien quarante centimètres de diamètre ; aussi notre grand plaisir était de les lancer du haut du pont bien à plat comme pour le lancement du disque, pour qu’ils atterrissent le mieux possible sur un petit pré en contrebas du pont. Et puis il y avait les jeux de nuit…réveil en pleine nuit pour rechercher dans les ruines du château de Saint - Ilpize. Le chef de camp « Hibou des bois » (son nom de totem) qui nous indiquait de temps en temps sa position avec sa lampe électrique.

La photo : la troupe Lata à St - Ilpize.

Les repas étaient pris sous les arbres, en rond avec devant chacun une grosse pierre comme table et une plus petite comme « chaise ».

Pendant chaque séjour mes parents venaient me voir. Ils en profitaient pour pendre leurs vacances dans la région.

En 1938 j’ai terminé mon séjour « second de patrouille ,une bande blanche ».

J’ai toujours un excellent souvenir de ces vacances desquels je suis revenu en pleine forme.

Le scoutisme m’a appris à savoir me débrouiller en toutes circonstances, ce qui me sera très utile quelques années plus tard pendant l’exode de 1940.

Je suis repassé à Villeneuve d’allier il y a quelques années. Le site du camp a disparu, le cours de l’Allier s’est modifié. Le pont suspendu a été rénové. Le Château de Saint - Ilpize a été restauré. Il est habité.

André Walger

 

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